Jean-Claude Beaujour (FR) : Avocat international, médiation, diplomatie et leadership ultramarin
Lara Valentin :
Chers auditeurs, nous changeons de cadre et de format, mais le cœur de la mission de la Voix d'OR.RA reste inchangé.
Mon objectif est plus que jamais de partager avec vous ce en quoi l'élégance comportementale est une force pour tous, en tous domaines.
Aujourd'hui, mon invité est un homme qui semble avoir eu à cœur de comprendre afin d'aider et de solutionner. Docteur en droit international, il maîtrise, et tout au long de sa carrière il s’est appliqué à en faire une forme de médiation.
Ainsi, en étudiant son parcours professionnel, afin de le présenter au plus juste, l’adjectif qui m’est apparu comme une évidence pour le décrire est pacificateur. Mais je vais le laisser nous en dire plus.
Monsieur Beaujour, je vous remercie d’avoir accepté mon invitation. Pourriez-vous vous présenter ? Votre environnement professionnel, votre quotidien ?
Jean-Claude Beaujour :
Donc je suis avocat et je suis également médiateur.
Mon travail consiste à régler les litiges, c’est-à-dire que lorsque les gens se font un peu la guerre, que ce soit des entreprises, que ce soit au sein d’une même famille… Et la guerre étant une chose normale parce qu’au fond nous ne sommes pas identiques. Les êtres humains ne sont pas des copies les uns des autres. Nous avons des comportements, une façon de voir le monde différente, et c’est cela qui génère les conflits.
Donc mon travail, c’est d’aider à la gestion et au solutionnement des conflits.
Lara Valentin :
Pour arriver à cette activité, vous avez eu un parcours universitaire qui illustre une détermination forte et assez vite orientée à l’international.
Est-ce que vous pourriez partager avec nous ce qui, dans votre histoire de vie ou dans votre éducation, vous a orienté vers cette profession et vers l’international ?
Jean-Claude Beaujour :
Je crois qu’il y a deux choses :
D’abord la connaissance de l’histoire antillaise, qui est la continuité de l’histoire du Nouveau Monde, de la colonisation… Cette histoire de justice m’a guidé vers le droit, vers la volonté du juste, du respect de la règle.
Et puis l’intérêt pour l’international, c’est presque naturel. En tant qu’Antillais, qui mieux que nous n’aurait pas une racine qui porte vers l’international ? Nous avons une origine multiple : africaine, européenne, indienne. Nous sommes ouverts sur le monde. Regardez : ici à Fort-de-France, on mange du taboulé des Québécs, d’origine libanaise, totalement intégré à la culture antillaise.
Ce métissage m’a poussé à aller à la rencontre du monde : les Amériques, l’Asie où j’ai vécu, l’Afrique où j’ai passé du temps en Côte d’Ivoire et à Djibouti.
Lara Valentin :
Donc vous, vous êtes vraiment ouvert. Tout le monde ne l’est pas forcément. Certaines personnes, pourtant métissées, peuvent ne pas ressentir cette nécessité d’aller vers l’autre ?
Jean-Claude Beaujour :
On n’est pas obligé. Mais pour répondre : ce sont mes racines multiples qui m’ont ouvert au monde. C’était naturel.
Lara Valentin :
Assez tôt finalement ? École primaire, collège ? Ou plus tard ?
Jean-Claude Beaujour :
Je me suis beaucoup intéressé à l’histoire très jeune, puis j’ai appris l’anglais, ensuite le japonais, le chinois.
J’ai vécu à Shanghai, à Tokyo, et je me suis aperçu que ces peuples ne m’étaient pas totalement étrangers, notamment par leur rapport à l’Occident. J’y retrouvais des valeurs proches de celles que l’on retrouve chez nous aux Antilles.
Lara Valentin :
Vous parlez plusieurs langues. On aurait pu penser que l’anglais suffisait. Pourquoi le japonais et le chinois ?
Jean-Claude Beaujour :
Parce que derrière une langue, il y a une culture, une histoire, des êtres humains. Certaines choses ne se traduisent pas. On ne peut pas comprendre un peuple par une langue tierce.
Apprendre ces langues, c’est aussi montrer à l’autre qu’on s’intéresse à lui.
Apprendre les katakanas, les hiraganas, c’est du temps, de l’énergie, de l’amour du pays.
Ceux qui apprennent ces langues se reconnaissent : il y a une complicité, une ouverture d’esprit commune.
Lara Valentin :
Les mots qui me viennent sont « racines » et « lien ».
Ma prochaine question concerne vos séjours. Si vous deviez partager ce que vous avez appris en relations humaines en Grande-Bretagne et au Japon ?
Jean-Claude Beaujour :
En Grande-Bretagne : les Anglais sont des insulaires comme nous, avec le même besoin d’aller vers le monde.
Au Japon : le besoin de cohésion sociétale. Le groupe prime. Cela a des inconvénients mais apporte une cohésion remarquable.
J’aime aussi la recherche de l’harmonie, des rituels, de l’esthétique. C’est quelque chose que je cultive au quotidien.
Lara Valentin :
Le rituel, l’enracinement… Vous vous appuyez sur vos racines pour avancer ?
Jean-Claude Beaujour :
Toujours. Les valeurs transmises, notre histoire, j’en fais une force.
Lara Valentin :
Et concernant l’enseignement des compétences sociétales ?
Jean-Claude Beaujour :
On enseigne trop le savoir théorique. Pas assez le savoir-être ni le savoir-vivre ensemble. Or, sans cela, aucune société ne tient.
Lara Valentin :
Et professionnellement ? Les soft skills sont-elles un levier ?
Jean-Claude Beaujour :
Oui.
Les compétences comportementales sont comme la présentation d’un cadeau : la forme met en valeur le fond.
Dans mon métier de médiateur, j’entre dans un champ de mines. La forme pacifie.
Insulter, c’est perdre toute chance d’être entendu. L’écoute, à l’inverse, ouvre le dialogue.
Lara Valentin :
Une anecdote où l’élégance comportementale a joué un rôle clé ?
Jean-Claude Beaujour :
Un litige complexe au Brésil.
Dans l’avion, j’avais lu de la littérature et de la philosophie du pays.
En arrivant, j’ai posé des questions sur ces auteurs.
Cela a immédiatement fait tomber la tension.
Quelques mois plus tard, les parties ont recommencé à travailler ensemble.
Lara Valentin :
Petit exercice rapide. Je vous donne une soft-skill, vous me dites ce qu’elle évoque.
Expression des émotions ?
Jean-Claude Beaujour :
Exprimer avec calme et retenue. Expliquer plutôt que hurler.
Lara Valentin :
Flexibilité ?
Jean-Claude Beaujour :
Flexibilité oui, mais pas mollesse. Flexible et ferme.
Lara Valentin :
Curiosité ?
Jean-Claude Beaujour :
Essentielle pour comprendre l’autre. On ne pacifie pas ce qu’on ne connaît pas.
Lara Valentin :
Assertivité ?
Jean-Claude Beaujour :
Savoir ce que l’on veut. Cela rassure l’autre.
Lara Valentin :
Comment cultivez-vous le savoir-être aujourd’hui ?
Jean-Claude Beaujour :
Par l’exemplarité.
En famille, les enfants observent.
Dans la profession, mon comportement engage mes confrères.
J’y fais donc attention.
Lara Valentin :
Quel conseil pour un jeune ultramarin qui veut faire rayonner son territoire ?
Jean-Claude Beaujour :
Être fier de ce qu’il est.
Apprendre notre histoire pour mieux la valoriser.
Aller à la découverte du monde et rapporter ce qu’il a appris.
Lara Valentin :
Et pour finir, quelle valeur souhaiteriez-vous transmettre à nos auditeurs ?
Jean-Claude Beaujour :
La bienveillance.
La haine ne guérit pas la haine ; la bienveillance ramène la réconciliation.
C’est la meilleure part d’humanité.
Lara Valentin :
Merci d’avoir partagé avec nous votre vision de l’élégance comportementale et des apprentissages de la vie. Merci pour moi, merci pour nos auditeurs.